Irremplaçable seconde quinze.
Jamais je n'aurais imaginé que ça me ferait aussi mal.
Sans rien voir de loin;On se permet une dernière sieste devant les feux de l'amour, on éteint une dernière fois l'appareil anti-moustiques et les grilles des programmes télés changent, par magie; d'ailleurs on ne se balade plus en short et les matins redeviennent pluvieux. On ne l'avait pas remarqué ou bien alors on faisait semblant, mais c'est comme ça. Deux mois plus tard. Paf. La rentrée. Ça frappe sans qu'on y prenne garde, c'est sournois, c'est lâche, et gare si on ose regarder derrière. Parce que c'est brutal, ça ne prévient pas, ça ne pardonne rien et ça touche droit dans le c½ur.
C'était il y a un an,Et je me souviens que je vivais un enfer. Une déprime qui durerait une semaine. Une entrée aux enfers qui annonçait sans doute la plus belle année scolaire que j'ai vécue. Je me souviens de ce lycée immense et de cette trentaine d'inconnus. Des angoisses des premiers jours, des séparations violentes et des premiers pas vers cette nouvelle vie. Je me souviens combien je me sentais mal et je sais que si je pouvais tout refaire, je ne prendrais même pas le temps de réfléchir et je reviendrais en courant vers ces personnes il y a un an inconnus qui me donnent aujourd'hui l'envie de leur sauter dans les bras. C'est ce que j'ai fait. C'est tellement différent. Et tellement triste aussi. Bien sûr, je ne suis pas mal tombée, et bien sûr j'ai eu de la chance. Mais la seconde quinze regroupera d'autres élèves cette année, et chaque matin les papiers du casier ne seront pas pour nous, l'appel ne commencera pas par mon nom, on ne s'enfermera pas deux heures en physique le lundi matin et les choses doivent changer mais voilà, je suis triste, et rien ne peut changer ça. Il est vingt heures, je suis en première 9 et je suis triste. Première 9 ? Jamais de la vie. C'est un vieux nom de code bidon pour faire plaisir à l'administration. Je mettrai du tipp-ex sur ma carte du lycée s'il le faut. Seconde quinze jusqu'au bout, jusque dans un coin de nos c½urs qui crèvera jamais, jusqu'au fond de la salle 2123, jusqu'à la fin. Le lycée Poncelet voulait nous séparer ? C'est raté. On les aura, nos moments, on les volera s'il le faut. On n'enterre pas un an comme ça...